Un bail d’habitation ne se résume pas au contrat signé : il s’accompagne d’un jeu d’annexes dont l’oubli se paie, parfois lourdement. Cette check-list fait partie de notre dossier sur la gestion locative d’un bien loué, aux côtés de l’état des lieux et de la révision des loyers.
Réponse directe
Vous devez annexer au bail le dossier de diagnostic technique (DPE, plomb, gaz, électricité, état des risques, bruit selon les cas), la notice d’information, l’état des lieux, les extraits du règlement de copropriété et, en meublé, l’inventaire du mobilier. Un oubli n’annule presque jamais le bail, mais il vous prive de preuves et ouvre droit à indemnisation.
C’est le point que les propriétaires manquent le plus souvent : toutes les omissions n’ont pas le même effet juridique. L’absence d’inventaire en meublé peut faire requalifier votre bail en location nue de trois ans — un coût réel en flexibilité et en fiscalité. L’absence d’extrait du règlement de copropriété, elle, vous expose surtout à une demande de dommages et intérêts si le locataire subit un préjudice. Le tableau ci-dessous hiérarchise les risques.
Tableau : document, bail concerné, validité, conséquence de l’absence
| Document | Baux concernés | Durée de validité | Conséquence de l’absence |
|---|---|---|---|
| DPE | Nu, meublé, mobilité, colocation | 10 ans (DPE réalisé depuis le 1er juillet 2021) | DPE opposable : le locataire peut demander réparation du préjudice ; pas de nullité du bail |
| Constat de risque d’exposition au plomb (CREP) | Logement construit avant le 1er janvier 1949 | 6 ans ; illimitée si absence de plomb ou teneurs sous le seuil réglementaire | Pas d’exonération possible de la garantie des vices cachés ; sanctions pénales prévues en cas de manquement |
| État de l’installation intérieure de gaz | Installation de plus de 15 ans | 6 ans pour la location | Responsabilité du bailleur engagée en cas d’accident ; pas d’exonération des vices cachés |
| État de l’installation intérieure d’électricité | Installation de plus de 15 ans | 6 ans pour la location | Idem gaz : responsabilité civile, voire pénale en cas de sinistre |
| État des risques (ERP) | Communes concernées par un plan de prévention des risques ou un zonage sismique / radon | 6 mois | Le locataire peut saisir le juge pour obtenir une diminution du loyer ou la résolution du bail |
| État des nuisances sonores aériennes | Logement en zone de plan d’exposition au bruit d’un aérodrome | Pas de durée fixée : à réactualiser si le zonage change | Mêmes suites que l’ERP : diminution de loyer ou résolution possible |
| Information sur l’amiante | Permis de construire délivré avant le 1er juillet 1997 | Illimitée en l’absence d’amiante ; contrôle à renouveler si présence détectée | Due au locataire ; à défaut, responsabilité du bailleur en cas de dommage |
| Notice d’information locataire / bailleur | Nu et meublé (résidence principale) | Version en vigueur à la date du bail | Pas de nullité : le juge peut ordonner la remise et allouer des dommages et intérêts |
| État des lieux d’entrée | Tous les baux d’habitation | Valable toute la durée du bail (à actualiser si travaux) | Perte de la présomption de bon état : retenue sur dépôt de garantie quasi impossible à justifier |
| Extraits du règlement de copropriété | Logement en copropriété | Version en vigueur | Clauses inopposables au locataire ; dommages et intérêts en cas de préjudice |
| Inventaire et état détaillé du mobilier | Meublé et bail mobilité | Durée du bail | Risque de requalification en location nue, donc bail de 3 ans |
| Grille de vétusté | Facultative, tous baux | Durée du bail | Sans grille annexée, aucun abattement de vétusté opposable au locataire |
| Autorisation préalable de mise en location (« permis de louer ») | Communes ayant instauré le dispositif | Selon la décision communale, à renouveler à chaque nouvelle mise en location | Amende administrative pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros |
Le dossier de diagnostic technique, pièce par pièce
Le dossier de diagnostic technique (DDT) est prévu par l’article 3-3 de la loi du 6 juillet 1989. Il est annexé au bail lors de sa signature et lors de chaque renouvellement : un diagnostic périmé entre deux locations doit être refait.

Le DPE, devenu une pièce à enjeu financier
Le DPE est obligatoire pour toute location de résidence principale, y compris en meublé et en bail mobilité. Depuis le 1er juillet 2021, il est opposable : le locataire qui constate un écart manifeste entre l’étiquette annoncée et la réalité peut en tirer des conséquences devant le juge. Sa durée de validité est de dix ans pour les diagnostics réalisés depuis cette date.
Son enjeu dépasse l’annexe : l’étiquette conditionne désormais le droit même de louer, selon le calendrier d’interdiction issu de la loi Climat et Résilience. Un logement classé G est sorti du parc locatif au 1er janvier 2025 en France métropolitaine, les classes F puis E suivant à horizon 2028 et 2034. Autrement dit, votre DPE n’est pas une formalité d’annexe : c’est votre autorisation d’exploiter.
Plomb, gaz, électricité : les diagnostics liés au bâti
Le CREP ne concerne que les logements construits avant le 1er janvier 1949. Bonne nouvelle pour les bailleurs d’immeubles anciens sains : si le constat ne révèle aucune présence de plomb au-delà du seuil réglementaire, sa validité devient illimitée. Dans le cas contraire, comptez un renouvellement tous les six ans pour la location, et surtout une obligation de travaux si l’état de conservation des revêtements le justifie.
Les états des installations de gaz et d’électricité ne sont dus que si l’installation a plus de quinze ans. Leur validité est de six ans pour la location, contre trois ans pour la vente : ne confondez pas les deux, c’est une erreur fréquente chez les bailleurs qui réutilisent un dossier de vente.
ERP et bruit : les diagnostics d’environnement
L’état des risques est le plus court de tous : six mois. C’est celui que l’on oublie quand une signature est repoussée de quelques semaines. Il doit être établi à partir des informations mises à disposition par la préfecture et, depuis la réforme de 2023, l’information sur les risques est due dès l’annonce de location.
L’état des nuisances sonores aériennes ne concerne que les logements situés dans la zone d’un plan d’exposition au bruit d’aérodrome. Il est exigible depuis le 1er juin 2020. Hors de ces zones, aucune pièce n’est à produire.
Le cas particulier de l’amiante
L’information du locataire sur la présence d’amiante est due pour les immeubles dont le permis de construire a été délivré avant le 1er juillet 1997. En pratique, le dossier amiante des parties privatives est communiqué au locataire, généralement sur sa demande, faute de texte d’application précisant les modalités de son annexion systématique au bail. Le réflexe prudent : l’annexer quand même et conserver la preuve de sa remise. Le coût est nul, le gain probatoire réel.
Les annexes non diagnostiques à ne pas oublier
Ce sont celles que les bailleurs en gestion directe oublient le plus, parce qu’elles ne font l’objet d’aucune facture de prestataire pour les leur rappeler.
- La notice d’information relative aux droits et obligations des locataires et des bailleurs, dont le contenu est fixé par arrêté. Elle s’annexe aux baux nus et meublés de résidence principale. Utilisez la version en vigueur à la date de signature.
- L’état des lieux d’entrée, établi contradictoirement et par écrit, puis l’état des lieux de sortie. C’est la pièce la plus rentable du dossier : sans elle, le locataire est présumé avoir reçu le logement en bon état, et vous ne pouvez plus justifier sérieusement une retenue sur le dépôt de garantie. Cette présomption ne joue toutefois pas contre la partie qui a fait obstacle à l’établissement du document.
- Les extraits du règlement de copropriété portant sur la destination de l’immeuble, la jouissance et l’usage des parties privatives et communes, ainsi que la quote-part afférente au lot. Inutile d’annexer les 80 pages du règlement : les extraits pertinents suffisent, et sont plus lisibles.
- L’inventaire et l’état détaillé du mobilier, obligatoire en meublé et en bail mobilité. Il se dresse contradictoirement, comme l’état des lieux, à l’entrée et à la sortie. Son absence fragilise la qualification même du bail.
- La grille de vétusté : facultative, mais si vous voulez appliquer un abattement pour usure normale sur les réparations en fin de bail, elle doit avoir été choisie parmi les grilles de référence issues d’un accord collectif et annexée au bail. Sans annexe, pas d’abattement opposable, et vos retenues deviennent discutables.
- L’attestation d’assurance habitation du locataire : ce n’est pas une annexe du bail à proprement parler, mais une pièce à exiger à la remise des clés puis chaque année. Son défaut est l’un des rares motifs pouvant justifier la mise en œuvre d’une clause résolutoire.
- Le récépissé d’autorisation préalable de mise en location, dans les communes ayant instauré le « permis de louer ». Il doit être joint au bail à chaque nouvelle mise en location, et son absence expose à une amende administrative significative, aggravée en cas de récidive.
Zone d’encadrement des loyers : les mentions supplémentaires
Si votre logement se situe dans une commune appliquant l’encadrement des loyers, le bail doit comporter des mentions supplémentaires. Il ne s’agit pas d’annexes mais de clauses du contrat, dont l’absence est tout aussi sanctionnable.
- Le loyer de référence et le loyer de référence majoré correspondant à la catégorie du logement, tels que fixés par l’arrêté préfectoral applicable.
- Le montant du complément de loyer éventuel, assorti de la description des caractéristiques de localisation ou de confort qui le justifient. Un complément non motivé est contestable par le locataire devant la commission départementale de conciliation.
- En zone tendue, le montant du dernier loyer acquitté par le précédent locataire ainsi que la date de son versement et celle de la dernière révision.
Le non-respect de l’encadrement peut donner lieu à une mise en demeure du préfet puis à une amende administrative, dont le plafond est nettement plus élevé pour une personne morale que pour un bailleur particulier. Au-delà de l’amende, le locataire peut obtenir la mise en conformité du loyer et le remboursement du trop-perçu depuis l’entrée dans les lieux : sur un bail de trois ans, l’addition dépasse souvent le montant de l’amende elle-même.
Les arrêtés sont annuels et les périmètres évoluent : vérifiez systématiquement l’arrêté en vigueur à la date de signature auprès de la préfecture ou de l’ADIL de votre département.
Les clauses réputées non écrites les plus fréquentes
L’article 4 de la loi du 6 juillet 1989 dresse la liste des clauses réputées non écrites : elles figurent peut-être dans votre bail, mais elles ne produisent aucun effet. Les insérer ne vous protège pas et peut être retenu contre vous comme un indice de mauvaise foi en cas de litige. Les plus courantes :
- Imposer le prélèvement automatique comme seul mode de paiement du loyer.
- Interdire la détention d’un animal domestique (hors chien de première catégorie et hors location saisonnière).
- Imposer au locataire de s’assurer auprès d’une compagnie désignée par le bailleur.
- Mettre à la charge du locataire les frais de relance ou d’expédition de quittance, ou des frais de recouvrement.
- Prévoir des pénalités financières en cas d’infraction au bail ou au règlement intérieur.
- Prévoir une résiliation de plein droit pour un motif autre que ceux limitativement admis (impayés de loyer ou de charges, non-versement du dépôt de garantie, défaut d’assurance, troubles de voisinage constatés par une décision de justice).
- Imposer des visites du logement les jours fériés, ou plus de deux heures par jour les jours ouvrables.
- Faire supporter au locataire les réparations rendues nécessaires par la vétusté, un vice de construction ou un cas de force majeure.
Le réflexe sûr consiste à partir du bail type réglementaire et à n’y ajouter que des clauses dont vous pouvez citer le fondement. Un contrat téléchargé sur un site généraliste et non mis à jour est une source récurrente de clauses mortes.
Bail papier ou bail électronique : quelle valeur juridique
Le bail électronique a la même valeur qu’un bail papier, à condition que la signature électronique utilisée réponde aux exigences du code civil et du règlement européen eIDAS. Concrètement, une signature apposée via un prestataire qualifié, qui vérifie l’identité des signataires et horodate l’opération, est plus solide qu’un scan de signature manuscrite collé dans un PDF — ce dernier n’est qu’un commencement de preuve.

Trois points de vigilance pour la signature à distance :
- Les annexes doivent être intégrées au document signé, ou expressément listées et jointes au parapheur électronique. Un bail signé sans son DDT laisse une faille probatoire.
- Chaque partie doit pouvoir disposer d’un exemplaire. Conservez le fichier de preuve fourni par le prestataire, pas seulement le PDF final.
- L’état des lieux reste un acte contradictoire : il peut être dématérialisé, mais il suppose la présence effective des deux parties ou de leurs mandataires sur place.
Check-list à parcourir avant la signature
À imprimer et à cocher, dans cet ordre, la veille du rendez-vous de signature :
- DPE en cours de validité, étiquette compatible avec le calendrier d’interdiction en vigueur.
- Année de construction du bien : avant 1949, CREP obligatoire ; avant juillet 1997, information amiante.
- Âge des installations de gaz et d’électricité : plus de quinze ans, diagnostics exigibles, validité six ans.
- État des risques daté de moins de six mois à la date de signature, et non à la date de commande.
- Zone de plan d’exposition au bruit : état des nuisances sonores aériennes si concerné.
- Notice d’information dans sa version en vigueur.
- Extraits du règlement de copropriété si le bien est en copropriété.
- En meublé ou bail mobilité : inventaire détaillé du mobilier, avec photos datées.
- Grille de vétusté si vous souhaitez l’appliquer.
- Commune soumise au permis de louer : récépissé d’autorisation joint.
- Commune en encadrement des loyers : loyer de référence, loyer majoré, complément motivé, ancien loyer.
- État des lieux d’entrée prévu le jour de la remise des clés, et attestation d’assurance réclamée au même moment.
Le coût de cette discipline est faible : quelques centaines d’euros de diagnostics amortis sur six à dix ans, et une heure de préparation. Le coût de l’oubli, lui, se mesure en dépôt de garantie non retenu, en requalification de bail ou en amende administrative.
FAQ
Le bail est-il nul si un diagnostic manque ?
Non, dans la quasi-totalité des cas. L’absence d’une annexe n’entraîne pas la nullité automatique du bail. Elle prive en revanche le bailleur de la possibilité de s’exonérer de la garantie des vices cachés sur le point concerné, et permet au locataire de demander au juge la remise du document, une diminution de loyer ou des dommages et intérêts selon le préjudice démontré.
Faut-il refaire les diagnostics à chaque renouvellement de bail ?
Pas nécessairement : seuls les diagnostics périmés doivent être renouvelés. Le DDT doit être à jour à la date de signature ou de reconduction. En pratique, l’état des risques, valable six mois, est presque toujours à refaire, tandis que le DPE couvre plusieurs baux successifs.
Quelles annexes pour un bail mobilité ?
Le bail mobilité, d’une durée de un à dix mois non renouvelable, porte sur un logement meublé : il suppose le dossier de diagnostic technique, l’état des lieux et l’inventaire du mobilier. Il ne donne pas lieu à dépôt de garantie, ce qui rend l’inventaire et l’état des lieux d’entrée d’autant plus importants comme preuves.
En colocation, faut-il un jeu d’annexes par colocataire ?
Les annexes portent sur le logement, pas sur la personne : le dossier de diagnostic technique est identique pour tous. En revanche, chaque colocataire signataire doit recevoir un exemplaire complet du bail et de ses annexes. Avec des baux individuels par chambre, l’état des lieux et l’inventaire doivent être établis pour chaque lot privatif et pour les parties communes.
Puis-je facturer l’état des lieux au locataire ?
Non lorsqu’il est réalisé directement par le bailleur ou son mandataire. Seul l’état des lieux établi par commissaire de justice en cas de désaccord ou de refus donne lieu à un partage des frais entre les parties, dans les conditions et limites fixées par la réglementation.
Que faire si je découvre après coup qu’une annexe manque ?
Régularisez sans attendre : faites réaliser le diagnostic manquant et transmettez-le au locataire par écrit, en conservant la preuve de l’envoi, accompagné d’un avenant mentionnant l’ajout de l’annexe. Une régularisation spontanée et datée limite fortement le préjudice indemnisable en cas de contentieux ultérieur.
Les durées de validité, seuils et périmètres géographiques cités évoluent régulièrement. Avant chaque signature, vérifiez les règles applicables à votre commune auprès de votre ADIL ou des services de l’État.



