Réponse directe : le calcul de la révision du loyer avec l’IRL tient en une multiplication : loyer en cours × (IRL du trimestre de référence / IRL du même trimestre un an plus tôt). La révision suppose une clause au bail, doit être demandée dans l’année, ne rétroagit pas, et reste interdite pour un logement classé F ou G.
L’indice de référence des loyers (IRL) est publié chaque trimestre par l’INSEE. Il sert d’unique plafond à l’augmentation annuelle d’un loyer en cours de bail dans le parc privé (article 17-1 de la loi du 6 juillet 1989). Cet article vous donne la formule, un exemple chiffré intégral, la liste des blocages et un modèle de courrier prêt à adapter. Un avertissement d’emblée : ne reprenez jamais une valeur d’IRL trouvée dans un article, y compris celui-ci. Les indices sont révisés et publiés en continu ; seule la publication officielle de l’INSEE fait foi au jour de votre calcul.
La formule exacte de la révision annuelle
La formule légale est la suivante :
Nouveau loyer hors charges = loyer hors charges en cours × (IRL du trimestre de référence de l’année en cours ÷ IRL du même trimestre de l’année précédente)
- Le calcul porte sur le loyer hors charges : les provisions pour charges n’entrent jamais dans la formule.
- On compare deux indices du même trimestre, à un an d’écart. Comparer un T2 à un T3 fausse le résultat.
- Le résultat se compare toujours au loyer actuellement appliqué, pas au loyer initial du bail. Si vous avez sauté une révision, vous ne repartez pas du loyer d’origine.
- L’augmentation obtenue est un plafond, pas une obligation : vous pouvez appliquer moins, ou rien du tout.
Un point de vocabulaire utile : l’IRL est un indice en base 100 au quatrième trimestre 1998. Sa valeur absolue n’a aucun sens pour vous ; seule compte la variation entre deux trimestres homologues, que l’INSEE publie d’ailleurs directement en pourcentage sur un an.
Quel trimestre de référence retenir
C’est l’erreur la plus fréquente, et celle qui fait annuler des révisions. Deux règles, dans cet ordre :
- Le trimestre indiqué dans le bail. La plupart des contrats types mentionnent explicitement une phrase du type « indice de référence des loyers du 2e trimestre ». C’est celui-là, et aucun autre, que vous devez utiliser pendant toute la durée du bail et de ses reconductions.
- À défaut de mention au bail, le dernier indice publié par l’INSEE à la date de signature du contrat. Si vous avez signé un bail en novembre, le dernier IRL publié à cette date était celui du 3e trimestre : votre trimestre de référence est donc le T3, pour toutes les révisions à venir.
Conséquence pratique : le trimestre de référence est figé une fois pour toutes. Il ne change ni au renouvellement tacite, ni quand vous changez de gestionnaire. Avant chaque révision, relisez la clause plutôt que de vous fier à l’habitude.
Exemple de calcul pas à pas sur un loyer de 780 €
Prenons un bail nu signé le 1er septembre, loyer hors charges de 780 €, clause de révision annuelle au 1er septembre, trimestre de référence T2. Les valeurs d’indices ci-dessous sont des valeurs d’illustration : remplacez-les par celles que vous relevez sur le site de l’INSEE le jour de votre calcul.

- Étape 1 – Relever les deux indices. IRL T2 de l’année en cours : 146,00 (exemple). IRL T2 de l’année précédente : 143,00 (exemple).
- Étape 2 – Calculer le coefficient. 146,00 ÷ 143,00 = 1,020979, soit une variation annuelle de +2,10 %.
- Étape 3 – Appliquer au loyer. 780,00 × 1,020979 = 796,36 € hors charges.
- Étape 4 – Mesurer l’effet réel. +16,36 € par mois, soit +196,32 € sur douze mois. À comparer au temps passé et au risque relationnel : sur certains petits loyers, la révision se joue à quelques euros.
- Étape 5 – Reconstituer la quittance. Le nouveau loyer de 796,36 € s’ajoute aux provisions pour charges, qui suivent leur propre régime et n’ont pas été touchées par le calcul.
Trois scénarios, à partir du même loyer de 780 € et de variations d’IRL différentes :
| Scénario (valeurs d’illustration) | Variation annuelle de l’IRL | Nouveau loyer | Gain mensuel | Gain sur 12 mois |
|---|---|---|---|---|
| Hausse marquée | +2,10 % | 796,36 € | +16,36 € | +196,32 € |
| Hausse modérée | +0,80 % | 786,24 € | +6,24 € | +74,88 € |
| Indice en recul | −0,50 % | 776,10 € | −3,90 € | −46,80 € |
Le troisième scénario mérite un mot. Lorsque l’IRL recule sur un an, la clause de révision joue dans les deux sens : le loyer révisé devient inférieur au loyer en cours. En pratique, le bailleur qui ne demande rien conserve le loyer actuel, puisque la révision n’est jamais automatique. En revanche, un locataire peut légitimement demander l’application de la clause à la baisse.
Les quatre cas où la révision est impossible ou limitée
1. Le bail ne comporte aucune clause de révision
La révision annuelle n’est pas un droit automatique du bailleur : elle doit être prévue au contrat. Sans clause, le loyer reste figé pendant toute la durée du bail et de ses reconductions tacites. Vous ne pouvez pas l’ajouter en cours de route par avenant unilatéral ni par simple mention sur la quittance. La seule porte de sortie est la procédure de réévaluation au renouvellement, lourde et encadrée (voir plus bas).
2. Le délai d’un an est dépassé
C’est le piège le plus coûteux : le bailleur qui ne manifeste pas sa volonté de réviser dans l’année qui suit la date de prise d’effet de la révision est réputé avoir renoncé, pour l’année écoulée, au bénéfice de la clause. Le détail de ce délai fait l’objet de la section suivante.
3. Le logement est classé F ou G au DPE
La loi Climat et résilience du 22 août 2021 a gelé les loyers des passoires énergétiques : depuis le 24 août 2022 en France métropolitaine, un logement dont le DPE affiche la classe F ou G ne peut faire l’objet ni d’une révision en cours de bail, ni d’une augmentation au renouvellement, ni d’une hausse à la relocation. Le gel s’applique au logement, indépendamment de la clause du bail. Si votre DPE date et que vous ignorez l’étiquette actuelle, faites le point avant d’envoyer un courrier : une révision appliquée sur un bien classé F ou G est irrégulière et le locataire est fondé à en demander le remboursement.
Ce gel est distinct de l’interdiction de mise en location, qui suit son propre calendrier d’entrée en vigueur par étiquette. Un logement peut être encore louable tout en ayant son loyer gelé.
4. Un plafonnement territorial s’applique
Deux dispositifs géographiques peuvent venir par-dessus la formule IRL :
- L’encadrement de l’évolution des loyers en zone tendue, qui encadre surtout les hausses à la relocation et au renouvellement dans les agglomérations concernées, sur la base d’un décret annuel.
- L’encadrement des loyers proprement dit, applicable dans les communes qui ont choisi d’y entrer (Paris, Lille, Lyon, Montpellier, Bordeaux et d’autres territoires), avec un loyer de référence majoré fixé par arrêté préfectoral que le loyer révisé ne peut dépasser.
À cela s’ajoutent des plafonnements conjoncturels décidés par le législateur, comme le « bouclier loyer » qui a limité temporairement la variation de l’IRL après 2022. Vérifiez systématiquement, à la date de votre révision, l’arrêté préfectoral applicable à votre commune et l’état du droit en vigueur : c’est le point où la réglementation bouge le plus vite.
Le délai pour agir : une révision oubliée est perdue
Depuis la loi ALUR de 2014, le régime est clair et défavorable au bailleur négligent :
- Pas de rattrapage rétroactif. Le loyer révisé s’applique à compter du jour de la demande, et non à compter de la date anniversaire. Si votre révision prenait effet au 1er septembre et que vous écrivez au locataire le 1er décembre, vous ne pouvez pas réclamer les trois mois écoulés.
- Renonciation au-delà d’un an. Passé un délai d’un an suivant la date de prise d’effet de la révision, le bailleur est réputé avoir renoncé au bénéfice de la clause pour l’année écoulée. L’augmentation de cette année-là est définitivement perdue.
- Le cycle suivant n’est pas affecté. Une révision oubliée n’annule pas la clause : vous pourrez réviser l’année suivante, mais à partir du loyer non revalorisé. L’effet de perte est donc permanent sur le niveau du loyer.
Chiffrons ce dernier point sur notre exemple. Un bailleur qui oublie une révision de +2,10 % sur un loyer de 780 € perd 196 € la première année, mais surtout il continue de calculer les révisions suivantes sur une base de 780 € au lieu de 796,36 €. Sur un bail de six ans, l’écart cumulé dépasse largement le millier d’euros. La parade coûte cinq minutes : une alerte agenda à la date anniversaire, et la quittance du mois suivant mise à jour.
Modèle de lettre de révision à envoyer au locataire
Aucun formalisme n’est imposé par la loi : un courrier simple suffit en principe, mais l’envoi en recommandé avec accusé de réception, ou la remise en main propre contre signature, vous constitue la preuve de la date de demande — précisément celle qui déclenche l’application du nouveau loyer. Adaptez le modèle suivant.
Objet : révision annuelle du loyer – logement situé [adresse complète]
Madame, Monsieur,
En application de l’article [n° de l’article] du bail signé le [date], qui prévoit la révision annuelle du loyer, et de l’article 17-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, je procède à la révision du loyer de votre logement à la date du [date d’effet].
Le calcul retenu est le suivant :
– loyer hors charges actuel : [montant] € ;
– indice de référence des loyers du [trimestre de référence] [année en cours], publié par l’INSEE : [valeur] ;
– indice de référence des loyers du [même trimestre] [année précédente] : [valeur] ;
– nouveau loyer : [montant] × ([indice récent] ÷ [indice ancien]) = [nouveau montant] € hors charges.Les provisions pour charges, inchangées, restent fixées à [montant] € par mois. Le montant total à régler à compter du [date] s’élève donc à [total] €.
Je reste à votre disposition pour tout complément d’information et vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.
[Nom, qualité, date, signature]
Détailler le calcul dans le courrier n’est pas une obligation légale, mais c’est la meilleure prévention du contentieux : le locataire peut refaire l’opération et vérifier les indices sur le site de l’INSEE. Les demandes de révision contestées sont presque toujours celles qui annoncent un montant sans en expliquer l’origine.
Révision, réévaluation au renouvellement, régularisation de charges
Trois mécanismes distincts se confondent souvent dans les échanges avec les locataires. Le tableau suivant les sépare.

| Critère | Révision annuelle | Réévaluation au renouvellement | Régularisation de charges |
|---|---|---|---|
| Ce qui change | Le loyer hors charges | Le loyer hors charges | Les charges, pas le loyer |
| Quand | Chaque année, à la date prévue au bail | Uniquement au terme du bail | Au moins une fois par an |
| Condition | Clause de révision au bail | Loyer manifestement sous-évalué, preuves de loyers de référence à l’appui | Justificatifs de dépenses réelles |
| Plafond | Variation de l’IRL | Hausse étalée et encadrée, procédure formelle à respecter | Les dépenses récupérables réellement engagées |
| Formalisme | Demande du bailleur, non rétroactive | Proposition notifiée plusieurs mois avant le terme du bail | Décompte communiqué au locataire, pièces tenues à disposition |
Retenez surtout qu’une régularisation de charges n’est jamais une augmentation de loyer : elle solde un écart entre provisions versées et dépenses réelles, et peut d’ailleurs jouer en faveur du locataire. Et qu’une réévaluation au renouvellement, elle, ne se demande pas par simple lettre à la date anniversaire : elle obéit à un calendrier strict et à une exigence de preuve (références de loyers comparables dans le voisinage) que peu de bailleurs particuliers réunissent sans préparation.
FAQ
Où trouver la valeur officielle de l’IRL ?
Sur le site de l’INSEE, qui publie chaque trimestre la série de l’indice de référence des loyers ainsi que sa variation annuelle en pourcentage. C’est la seule source à utiliser pour un calcul opposable. Les valeurs reprises dans les articles de presse ou les simulateurs peuvent être obsolètes ou mal arrondies.
La révision s’applique-t-elle aussi en meublé ?
Oui. Les baux de résidence principale meublée relèvent du même régime de révision annuelle par l’IRL, avec la même exigence de clause au contrat. Le gel des loyers des logements classés F ou G leur est également applicable.
Puis-je appliquer une hausse inférieure à l’IRL ?
Oui, l’IRL est un plafond. Appliquer une hausse partielle est fréquent pour préserver un locataire fiable. Attention toutefois : l’année suivante, la révision se calcule sur le loyer effectivement appliqué, pas sur le loyer théorique que vous auriez pu atteindre.
Le locataire peut-il refuser la révision ?
Il ne peut pas refuser une révision régulière : clause au bail, bon trimestre de référence, calcul exact, logement non gelé, demande dans les délais. En revanche, il peut contester une révision irrégulière et réclamer le remboursement des sommes indûment versées. D’où l’intérêt de détailler le calcul dans le courrier.
Que faire si le DPE passe de F à E après des travaux ?
Le gel cesse de s’appliquer dès lors que le logement n’est plus classé F ou G, sur la base d’un nouveau DPE en cours de validité. Conservez le rapport : c’est la pièce qui justifiera la reprise de la révision si le locataire la conteste.
À faire cette semaine
- Ressortez chaque bail et notez, lot par lot : présence d’une clause de révision, date d’effet, trimestre de référence.
- Vérifiez l’étiquette DPE en cours de validité de chaque logement : une seule étiquette F ou G suffit à bloquer la révision.
- Posez une alerte récurrente à chaque date anniversaire, quinze jours avant, pour ne plus perdre une année de revalorisation.
- Le jour venu, relevez les deux indices sur le site de l’INSEE, appliquez la formule, envoyez le courrier détaillé et archivez l’accusé de réception.
Cet article présente le cadre général de la révision des loyers dans le parc privé à la date de sa publication. La réglementation des plafonnements locaux et des gels de loyer évolue fréquemment : vérifiez l’état du droit applicable à votre commune avant d’agir.



